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Les Toloy : Leurs
habitations basées dans la région de Sangha datent
des III et II siècle avant lère.
Les Telem : ce
qui signifie en Dogon "ceux que nous avons trouvé
là ! Ce peuple pygmée, a formé une brillante
civilisation fondée sur la métallurgie du XI au
XV après lère, abandonnant leur site à
larrivée des Dogons.
Les Dogon : L'origine
des Dogons 'est toujours un mystère, mais certains historiens
pensent qu'il auraient fui l'empire du Ghana au X ème siècle
pour éviter l'islamisation, tandis que d'autres pensent qu'ils
sont d'origine Mandingue et qu'ils seraient arrivés par vague
successives. Les Dogons furent victimes sans cesse des razzias des
Mossi (XV et XVI siècle) des Songhaï , des Peulh du
massina et des Toucouleur au XIX siècle jusqu'à ce
que les Français pacifient la région.
Larchitecture
et la culture dogon : Le Pays Dogon est lune des dernières
régions dAfrique où société, religion,
art et architecture conservent leurs racines profondément
ancrées dans la tradition : cest ce qui en fait la
principale vitrine touristique du Mali.
La cosmogonie Dogon
: C'est un peu compliqué tout ça... et surtout
tres inhabituel... Au début il y a eu le dieu unique Amma,
qui créa 14 systemes solaires puis la terre. La Terre féminine
fut fécondée. Elle donna naissance au renard, symbole
des difficultés
puis les gémeaux dogons, mi-hommes
mi-serpents
. Le renard s'empara de la parole de Dieu
et les huit ancêtres du monde furent alors créés.
Le chiffre 7 est sacré
les fastueuses
fêtes dogon (Danses des Masques ) s'inspirent de cette cosmogonie
sophistiquée.
Lisez ce qui suit pour en savoir plus...
Le savoir secret des Dogon
est transmis de bouche à oreille par des initiés que l'on nomme
les Ouloubarou. Chaque chef de maison doit transmettre son savoir
à un jeune qu'il juge capable de comprendre cette Parole et la transmettre
à son tour.
Dans les années 30, Ogotemmêli
était un chasseur rendu aveugle par l'explosion de son fusil. Ogotemmêli
avait été initié par son grand-père dès l'âge de 15 ans.
L'ancêtre a regardé vivre l'enfant et l'avait jugé capable d'être
initié.
Longtemps plus tard, Ogotemmêli
a longuement côtoyé M. Griaule, un ethnologue français. En
1936, Marcel Griaule a dialogué avec lui, pendant trente-trois jours.
Peut-être le Vieux Sage avait-il senti qu'une nouvelle ère arrivait
et qu'il était nécessaire de transcrire la Parole pour l'éterniser
? Alors il a choisi de la transmettre à M. Griaule...
Amma,
le Dieu Suprême
Le Monde a été créé par le dieu Amma, dieu unique se trouvant
à la base de toute chose.
Le vieux Ogotemeli, l'Initiateur de M. Griaule aux croyances Dogon,
parle d'un dieu unique. Il est impensable que Ogotemmêli
ait pu être influencé par un missionnaire chrétien. Lorsqu'il s'entretient
avec Griaule, en 1947, il est au soir de sa vie et n'est plus guère
influençable.
En outre, cette notion de dieu unique est propre à plusieurs ethnies
africaines.
Il est donc vraisemblable que le monothéisme soit l'une des bases
de la croyance.
Les Systèmes Solaires
: Amma, maître de l'univers, organisa un système de planètes qu'il
a créé avec des morceaux de "terre", ce mot étant pris ici dans
un sens conceptuel. Il lança des boulettes de terre dans le ciel
pour donner forme aux étoiles. Une légende ajoute qu'il y a fort
longtemps, les femmes décrochaient les étoiles et les perçaient
d'une tige pour les offrir à leurs enfants;
La Création du Monde
: Amma fit de même pour notre système solaire. Pour faire le soleil
et la lune, Amma modela de la terre en forme de deux poteries qu'il
chauffa à blanc une fois pour toutes. La
Terre fut créée en dernier lieu ; Amma lança un boudin de terre
dans l'espace, comme pour chaque planète. A ses deux extrémités,
la terre se sépara comme pour figurer des membres rattachés à un
tronc. Ce corps schématisé était femelle, et une fourmilière constituait
son sexe tandis qu'une termitière figurait son clitoris.
Ainsi, la Terre fut prête à recevoir Amma..
Amma avait créé la Terre
pour s'accoupler avec elle, mais la termitière, élément mâle du
sexe féminin, gênait la pénétration. Du fait de cette gêne, cette
union, au lieu de donner naissance à des Jumeaux comme le
dieu l'avait prévu, engendra un élément unique, le chacal, le Renard
Pâle. Pour les Dogon, celui-ci symbolise les difficultés de
Dieu qui bouleverseront perpétuellement le monde.
Il reste le symbole du désordre.
Amma rasa donc la termitière
et put s'unir à la terre ainsi excisée. C'est ainsi que l'excision
apparut en terre Dogon. Après l'excision et la destruction de la
masculinité de la terre, Amma put avoir des rapports normaux. Sa
semence est toujours associée à l'eau, source de toute vie, sans
laquelle rien ne pousse et l'homme ne peut pas vivre.
Les Nommo : Les Jumeaux
qui naquirent ensuite, furent donc liés à l'eau. Ils avaient l'apparence
de l'homme et du serpent, de couleur verte, le corps lisse et couvert
de poils de même couleur ; leurs yeux avaient la forme des yeux
humains mais étaient de couleur rouge. Leur langue était fourchue,
le torse identique au torse humain, le bas du corps adoptait la
forme du serpent ; les bras étaient souples, sans articulation et
terminés par des mains palmées. Tous deux s'appellaient Nommo; chacun
est à la fois masculin et féminin et leur essence divine leur fit
rejoindre leur père au ciel, où celui-ci leur transmit son savoir.
Ils sont présents dans toute humidité et toute vie.
Fils d'Amma et de la Terre,
les Nommo sont les intermédiaires entre les hommes et les cieux.
Cette notion de Jumeaux est aussi spécifique aux Dogon. Alors que
pour de nombreux peuples africains, avoir des jumeaux est un malheur,
en pays Dogon ce sont des êtres privilégiés et la naissance gémellaire
est un grand bonheur.
La légende de l'Arche
: Le premier couple de Jumeaux engendra huit Ancêtres. Ils étaient
doubles, mâle et femelle, et pouvaient s'autoféconder, bien que
quatre d'entre eux aient une prédominance mâle et les quatre autres
femelle. Ils se multiplièrent en huit lignées. Dans
les cieux, les Nommo avaient remplacé le dieu Amma pour les décisions
concernant la destinée de la Terre et de ses habitants. Ils voulurent
faire progresser les hommes, mais ils ne pouvaient pas leur parler
ni avoir avec eux de contacts directs.
Le Premier Ancêtre
décida de construire une Arche pour descendre sur Terre et aider
les hommes Il semble qu'il ait bénéficié de l'aide de Dieu pour
préparer son départ. L' arche avait la forme d'un panier
tressé à base carrée et ouverture circulaire. Elle était pourvue
d'un escalier sur chacun des quatre côtés.
Chaque escalier portait ce
qui devait peupler le monde:
- l'escalier Nord, les hommes et les poissons, symboles des Bozo;
- l'escalier Sud, les animaux domestiques;
- l'escalier Est, les oiseaux;
- l'escalier Ouest, les animaux sauvages, les plantes et les insectes.
Pour compléter son équipement,
l'ancêtre rassembla sur la plate-forme tout un matériel de forge
: masse, enclume et soufflet, L'arche comportait tout ce qui est
nécessaire à l'homme : le panier, une unité de mesure, les figures
géométriques de base, le matériel de forge pour fabriquer les outils,
et même des graines contenues dans la masse du forgeron.
Le vol du feu : Avant
de quitter les terres célestes, il vola le feu à l'aide du "bâton
du voleur"; il prit des braises de soleil et de fer et les cacha
dans la peau du soufflet. Puis, dressé sur la plate-forme, il fit
descendre son vaisseau le long d'un arc-en-ciel, soutenu par le
fil qui se déroulait de sa bobine. Le Nommo femelle l'attaqua avec
un brandon, mais l'Ancêtre se protégea avec la peau du soufflet
et éteignit le bois enflammé avec l'eau de son outre. Le Nommo mâle
lui envoya la foudre, mais il résista de même.
L'arrivée sur terre
: L'Ancêtre tenait l'enclume dans ses bras. Lorsque l'Arche toucha
terre, le choc fut si violent que l'enclume lui brisa les membres,
créant du même coup les articulations des coudes et des genoux.
Ces nouvelles articulations permettront le travail du sol et du
fer, des membres souples ne permettant pas les mouvements de levier.
Le choc de l'atterrissage
dispersa les végétaux et les animaux.
Dès que le Forgeron (ainsi l'appelle-t-on parfois) fut sur Terre,
les hommes qui y vivaient déjà purent se livrer aux travaux agricoles.
Dieu avait transmis aux hommes la parole qui organise le monde,
les animaux, les semences et les outils pour travailler. Et la société
put se développer.
Les
croyances et les cultes
Le Renard Pâle
Tout homme adulte
peut être devin en demandant à un ami de lui enseigner l'art. Les
devins les plus appréciés sont les hauts dignitaires de la société
des Masques, les chasseurs et les guérisseurs.
Les prêtres totémiques, le Hogon et tous ceux qui célèbrent un culte
à Amma et Nommo, ennemis du chacal, ne peuvent approcher les tables
de divination, mais en connaissent l'usage et les résultats.
Tout dogon, homme ou femme, peut demander à un devin d'interroger
le chacal en offrant les graines qui attireront l'animal. Ajoutons
que les devins possèdent également des tables dites tables d'instruction,
à douze cases, qu'ils utilisent pour interroger le chacal à titre
personnel. De ce récit imagé, il nous faut surtout retenir l'idée
des fautes des humains, génératrices de désordres, et fondement
des principaux cultes Dogon : culte du binou, société des masques
qui représente le pagne rouge de la terre et les hommes et animaux
morts, culte du Sigi où la statue du serpent est investie de la
représentation spirituelle du premier mort. Nous allons voir que
cette mythologie est commémorée par un certain nombre de rites.
Le culte du
Lebe
Les Dogon ne possèdent
pas d'écriture et que leurs signes sont destinés à raconter la Genèse.
Leur transcription et leur transmission incombent aux hauts dignitaires
ainsi qu'aux prêtres totémiques : plus un homme connaît de signes,
plus il se rapproche du grand savoir. Les rituels Dogon sont axés
sur le concept de transmission de la force vitale nécessaire à l'équilibre
de la société, le Hogon étant le gardien de la plus grande force.
Le principal culte est celui du Lebe - Dieu Serpent - dont le Hogon
est le représentant, et que l'on peut considérer comme une cérémonie
à la gloire du Nommo.
L'autel destiné
à cette célébration se trouve chez le Hogon et contient une parcelle
de la terre de la tombe du Lebe emportée par les Dogon lors de leur
migration.
D'autres autels,
consacrés au Nommo, peuvent être trépartis dans le village,dans
une ginna, sur la place du village, dans le champ du Hogon ou à
l'entrée du village.
Le
culte du Binou
Le culte du Binou
se déroule dans un sanctuaire dont la forme varie selon les villages
; ce peut être une véritable construction rectangulaire aux coins
arrondis et dont la façade est flanquée à ses extrémités de deux
tours rondes légèrement plus hautes que le bâtiment. La porte du
sanctuaire est souvent moins haute qu'un homme debout et bloquée
par de grosses pierres. Sur le toit, au-dessus de la porte, on place
deux ombilics où l'on fait couler les bouillies de céréales et le
sang des animaux sacrifiés ; entre les deux, une poutre supporte
le "crochet à nuages".
Le prêtre totémique conserve son matériel à l'intérieur du bâtiment
où il est seul à pouvoir pénétrer, car personne ne doit voir les
signes secrets qui y sont tracés. La façade est couverte de signes
noirs, blancs et rouges.
Les autels
personnels se trouvent à l'intérieur des maisons.
En dehors des
sanctuaires ou des grottes, les autels sont le plus souvent de simples
tumuli en terre. On les bâtit avec une pierre levée recouverte de
terre prélevée dans une mare en souvenir du Nommo ; cette terre
est mélangée à des graines ou à celle provenant d'un autel plus
ancien.Chaque individu possède deux autels, un "autel de tête" et
un "autel de corps".
Les Dogon font
des sacrifices sur ces autels en vue d'augmenter leur force vitale
; à leur mort, leurs autels personnels sont détruits.
Pour bien comprendre la cosmogonie Dogon, je vous
recommande deux livres :
- Dieu d'Eau :de l'ethnologue Marcel Griaule
- Les Dogons du Mali : de Gérard Beaudoin
La
tradition
Le costume
Comme chez tous les peuples
d'Afrique de l'Ouest, les vêtements ont, pour les Dogon, une grande
importance. La base des vêtements traditionnels des Dogon était
(et est encore pour partie) composée de bandes de coton blanc fabriquées
par les tisserands. Leur largeur théorique est de deux fois 80 fils,
soit entre 15 et 20 cm. Si certaines conservent leur teinte écrue
naturelle, d'autres sont teintées en brun, roux ou indigo.
La couture est l'affaire
des hommes et certains sont réputés pour leur habileté en ce domaine.
Avec l'âge, les vêtements changent, les deux parties habituelles,
le pantalon et la tunique prenant de l'ampleur.
Jusqu'à 40 ans, l'homme portait
une tunique courte et sans manches. Autrefois, le cache-sexe était
remplacé par une culotte qui descendait au maximum à mi-cuisse.
La tunique longue, fermée et avec manches, et le pantalon ample
sont l'apanage des vieillards.
Un accessoire important du vêtement masculin est le bonnet que l'on
voit de moins en moins en pays Dogon. Deux pièces de tissu rectangulaire
sont cousues ensemble sur trois côtés alors que le quatrième laissé
libre permet de poser la coiffure sur la tête. Il y a huit manières
de le porter qui toutes ont un nom.r quand l'homme prend de l'âge.
La parure de la femme reste beaucoup plus symbolique, et se compose
surtout de bijoux et de scarifications. Il est rare de nos jours
qu'hommes et femmes, comme jadis, se liment les dents en pointe
ou se couvrent de scarifications.
Certes, on voit encore de
vieilles femmes au ventre couvert de motifs gravés : petits traits
obliques et parallèles formant des zigzags.
Alors que les vieilles vont
souvent tête nue, les jeunes femmes portent une pièce de tissu arrangée
en turban et les hommes affirment qu'on peut connaître le caractère
d'une femme ou son humeur du jour suivant la manière dont elle arrange
sa coiffe.
les
masques
Les Masques sont une véritable
institution.Celui qui possède un masque ne doit pas le faire savoir
à ses proches.S'il danse avec son masque, il ne doit pas être reconnu.
Les masques sont principalement employés
lors des cérémonies de funérailles. Dans
certains villages, il subsiste encore plus d'une centaine de masques
appartenant à des hommes qui composent la Société des Masques. On
doit distinguer le masque proprement dit qui couvre la tête du danseur
et son costume qui peut comporter des variantes pour un même masque.
Certains masques, comme l'agriculteur,
le guerrier Peul, le marabout ou le chasseur ne portent pas de jupe
mais un costume en tissu. Sur le visage, on fixe un masque proprement
dit constitué soit de fibres tressées en forme de cagoule décorée,
soit d'une pièce de bois sculptée en ronde-bosse. Les cagoules sont
généralement utilisées pour représenter des oiseaux ou des êtres
mythiques et parfois des êtres humains.
Par opposition, les masques
en bois servent à figurer des animaux. On en distingue deux types
: les masques représentant réellement l'animal (c'est le cas des
masques du singe noir, de l'antilope, du lièvre, etc.) et les masques
figurant un visage humain surmonté du symbole de l'animal représenté
(singe blanc, kanaga, etc.).
Tailler un masque réclame de multiples précautions ; le danseur
doit faire des sacrifices pour se protéger du nyama des arbres et
paye un tribut d'un cauris au propriétaire de ces derniers. Il taille
le bois avec une hermiette . La taille se fait sur l'ensemble du
masque et une partie ne sera jamais terminée avant une autre. Le
danseur tient le masque en bois entre ses dents au moyen d'une tige
en bois passée dans deux trous au niveau de la bouche. Afin d'éviter
qu'il ne bascule vers l'avant, un filet attaché au sommet du masque
enserre également la tête. En outre, une corde joint ce filet à
une corde enserrant le buste du danseur. Ainsi le masque ne peut
pas bouger et suit tous les mouvements du corps et de la tête.
Structure
sociale
Le Hogon
Le Hogon est le plus souvent
le doyen du village. Il peut assumer sa charge par voie héréditaire.
Lorsqu'il meurt, il n'est remplacé qu'au bout de trois ans, l'intérim
étant assuré par son fils ou le nouveau doyen.
Bien que le Hogon ait un
pouvoir religieux absolu, comme il ne peut se déplacer, il ne peut
être chef de guerre.
Le Hogon ne peut sortir de sa maison ni marcher pieds nus ; dès
sa désignation, il est porté à dos d'homme jusqu'à la "maison du
Hogon". Il n'en sortira plus que mort. Malgré tout, il est au courant
des menus événements de la communauté grâce à un réseau d'informateurs
et les visites des ginna bana les jours de marchés. Avant la colonisation,
il avait le monopole de la police et fixait les prix sur les marchés
; son assistant, muni du bâton de commandement réglait les affaires
selon ses instructions.
Théoriquement, le Hogon est inamovible mais, en cas de crise grave,
comme la guerre, le conseil des anciens a la possibilité de le destituer
pour le remplacer par un individu plus énergique et plus apte à
faire face à la situation. Lors d'une l'audience, on ne peut s'adresser
directement au Hogon et il faut emprunter le truchement de son assistant,
le kérou ou kédiou. Le Hogon est habilité à faire respecter les
tabous religieux et à punir.
Chaque jugement est sanctionné
par une amende dont la plus faible sera un poulet, mais le Hogon
peut aller jusqu'à ordonner la confiscation de tous les biens, l'expulsion
du village et même la démolition de la maison familiale, encore
que les colonisateurs français aient interdit cette dernière mesure.
L'institution du Hogon permet, dans la société Dogon, de séparer
pouvoir politique et pouvoir judiciaire.
Dans la maison du Hogon se
trouve l'autel du lébé qui contient une parcelle de la terre de
la tombe du lébé dans le pays d'origine.
Enfin, il existe un Hogon des Hogon, le Hogon de Arou auquel les
Hogon de chaque village peuvent faire appel en cas d'extrême nécessité...
Le Ginna Banna
Tous ces descendants d'un
ancêtre commun vivent dans une même communauté appelée ginna (prononcer
guinna) qui regroupe tous les individus mâles, leurs femmes et leurs
enfants. La communauté s'applique également au patrimoine terrien
que le groupe cultive, à une maison de famille où vit le Chef de
Ginna, appelé Ginna Bana et à un certain nombre de maisons qui abritent
les familles du groupe.
Le chef de la ginna est par tradition, le mâle le plus âgé de la
lignée.
Le successeur désigné ne
prendra ses fonctions qu'après la levée du deuil, soit six mois
environ aprèq la mort, car personne ne peut remplacer quelqu'un
dont l'âme est toujours dans le village.
Seule sa personnalité fonde
le pouvoir du ginna bana ; il n'a ni pouvoir de police, ni possibilité
de répression envers les membres de la famille, et ne peut donc
compter que sur son autorité morale. Les Dogon affirment d'ailleurs
que "le ginna bana ne peut donner d'ordres, mais qu'il il faut lui
obéir".
De nos jours, la pénétration de l'islam et les concepts occidentaux
de plus en plus largement diffusés poussent les membres de la ginna
à demander plus d'indépendance et, dans certains villages, les terres
sont distribuées à titre définitif aux familles réduites
Le forgeron
D'autres formes de pouvoir
existent dans la société Dogon.
Si les cultivateurs sont
considérés comme les seuls Dogon à part entière, les forgerons ont
un statut à part. Dans chaque village, le forgeron est craint comme
le représentant de l'ancêtre descendu de l'arche et on fait appel
à lui pour départager les menus conflits familiaux. On prétend également
que lorsqu'il bat l'enclume, il fait entendre la parole du Nommo.
Les Dogon considèrent qu'il a des pouvoirs spéciaux parce qu'il
travaille avec le feu. Il appartient à une secte et habite un quartier
ou un village réservé à cette caste. Il ne cultive pas la terre
et est seul à pouvoir produire les outils et les armes nécessaires
à la communauté
Enfin, fabriquant les outils
et les armes, les forgerons sont perçus comme indispensables au
bon fonctionnement de la société. A l'opposé, les cordonniers, autre
métier de caste, ne jouent aucun rôle politique.
La Famille
On se doit de distinguer
le couple, famille réduite composée de l'homme, de sa femme et des
enfants non mariés. Le couple se forme par le mariage, mais les
Dogon affirment que "le mariage continue la famille, mais ne la
fonde pas".
Dans le couple, l'homme,
représentant de la lignée, occupe une position dominante ; la femme,
venue de l'extérieur conserve un statut d'étrangère et les enfants,
dès qu'ils marchent. appartiennent à l'homme.
Le couple habite une maison
appartenant à la ginna ou bâtie sur un terrain familial. Sa position
hiérarchique dépend de la position hiérarchique de l'homme dans
la famille.
Il existe aussi l' entité familiale de la ginna que l'on peut considérer
comme la Famille Etendue : étendue aux frères et soeurs, aux cousins
et parfois même à des serviteurs.
Il n'est pas rare de voir
des cousins proches installer une petite maison dans la Ginna familiale
et partager ainsi à temps complet la vie de la famille..
Les Voleurs
Nous sommes ici en présence
d'une tradition rappelant le souvenir du forgeron qui vola le feu
à Amma, mais en aucun cas d'une secte ou d'une institution. Un enfant
d' un aïeul Voleur sera lui aussi voleur.
Dans ces circonstances, le voleur a un costume spécial, son visage
est enturbanné comme celui d'un Touareg ; il porte en bandoulière
un sac de peau et un trousseau de clés. Une corde est attachée à
sa ceinture, Il tient son bâton de voleur à la main, bâton plus
ou moins sculpté mais toujours de même forme, grâce à quoi on le
reconnaît.
Lorsqu'un voleur meurt , ses confrères organisent avec la veuve
la danse de leur association qui mime le vol. Les voleurs costumés
se regroupent, accroupis, en cercle pour se concerter, puis se déplacent
en file indienne, mimant une marche silencieuse et rapide, fondant
sur un animal imaginaire qu'ils fauchent avec leur bâton. Ils recommencent
à plusieurs reprises. Les voleurs du village organisent la nuit
même vols de poules ou de moutons dans d'autres villages ; celui
qui se fait prendre est battu. On retrouve le dessin du Bâton du
voleur dans de nombreux sanctuaires et les Dogon prétendent que
c'est le Forgeron qui l'aurait descendu sur la terre.Cette tradition
est assez mystérieuse et il est étrange que le vol soit ainsi institutionalisé.
Le
village
Le quartier
Chaque village dogon possède
une devise qui lui est propre ayant un rapport direct, Les Dogon
vivent en villages : on ne trouve pas d'habitations isolées. Chaque
agglomération, ou groupe de quartiers et de hameaux, forme une entité
administrative indépendante, avec ses cultivateurs, ses artisans,
ses chefs, ses rites, ses fêtes et ses terres.
Lors de la fondation d'un
village, le premier édifice bâti est la maison des femmes qui ont
leurs règles. La maison des femmes est toujours construite à l'extérieur
du village et les agglomérations les plus importantes peuvent en
avoir deux. On la reconnaît à ce qu'elle est la seule bâtisse circulaire.
Chaque village peut être
divisé en quartiers si le besoin s'en fait sentir.
Dans ce cas, chaque quartier devra reconstituer à son échelle les
éléments d'un village
La Ginna
Tous les descendants d'un
ancêtre commun vivent dans une même communauté appelée ginna (prononcer
guinna) qui regroupe tous les individus mâles, leurs femmes et leurs
enfants.
La communauté s'applique
également au patrimoine terrien que le groupe cultive, à une maison
de famille où vit le chef de la ginna, appelé ginna bana et à un
certain nombre de maisons qui abritent les familles du groupe.
Le chef de la ginna est par
tradition, le mâle le plus âgé de la lignée.Le successeur désigné
ne prendra ses fonctions qu'après la levée du deuil, soit six mois
environ, car personne ne peut remplacer quelqu'un dont l'âme est
toujours dans le village.
Seule sa personnalité fonde
le pouvoir du ginna bana ; il n'a ni pouvoir de police, ni possibilité
de répression envers les membres de la famille, et ne peut donc
compter que sur son autorité morale. Les Dogon affirment d'ailleurs
que "le ginna bana" ne peut donner d'ordres, mais il faut lui obéir".
De nos jours, la pénétration de l'islam et les concepts occidentaux
de plus en plus largement diffusés poussent les membres de la ginna
à demander plus d'indépendance et, dans certains villages, les terres
sont distribuées à titre définitif aux familles réduites.
Les concessions
Il faut savoir que l'habitation
d'un Africain ne comprend pas seulement la maison mais aussi un
espace clos devant et autour de celle-ci, sorte de cour où se trouvent
les dépendances et où vit la famille.
Cet ensemble forme la concession,
toujours cernée d'un mur et dont l'entrée est fermée d'une porte
ou, pour les gens aisés d'une pièce formant entrée. C'est pourquoi
en Afrique de l'Ouest, on parlera rarement de maison et presque
toujours de concession, la maison n'étant qu'un élément d'un ensemble
nécessaire à la vie de la famille.
Cette notion de concession
a une grande importance. Les familles aisées possèdent une pièce
qui sert de sas entre l'intérieur et l'extérieur. Cela permet de
filtrer les visiteurs et de préserver la vie privée de la cour principale.
Le To Gunna (toguna)
La Case à Palabres, leTo
Gunna, est composée d'abord et surtout d'un toit qui doit comporter
en théorie huit épaisseurs de bottes de mil. Des poteaux, en pierre
ou en bois, supportent le toit ; théoriquement, on doit en compter
huit, répartis en trois rangées, correspondant aux huit ancêtres.
Les rangées extérieures comportent trois poteaux chacune, la rangée
intérieure, deux poteaux.
La case à palabres doit obéir
à d'autres règles : ainsi doit-elle être carrée, orientée nord-sud
et le toit doit être bas (à environ l,20 m du sol) afin d'avoir
un maximum d'ombre et qu'on ne puisse s'y tenir debout.
Si le village est important, il possédera une case à palabres par
quartier; l'une d'entre elles, plus spacieuse et bâtie à proximité
de la place, servira aux palabres devant réunir tous les villageois.
Cette position s'explique par le fait que les festivités villageoises
ont lieu sur la place principale.
Les greniers
Le second élément bâti d'une
certaine importance est le grenier à mil. Dans le paysage urbain,
on remarque surtout les greniers alors que les maisons d'habitation
se noient dans le décor. Le nombre de greniers par concession est
fonction du nombre d'habitants et de la richesse de la famille..
Les greniers sont bâtis en terre, comme les poteries modelées avec
des boudins de terre. Les armatures sont faites de tiges de bois
plantées en carré.
Le grenier repose généralement
sur quatre grosses pierres qui supportent une claie en bois. On
recouvre ce plancher de banco qui formera le fond du grenier. Le
maçon monte les murs avec des boudins de terre qu'il lisse au fur
et à mesure comme une poterie, avec une épaisseur de 5 à 7 cm.Le
grenier est toujours surmonté d'un dôme.
Si les dimensions extérieures et les formes sont assez semblables,
l'aménagement intérieur peut varier considérablement; les greniers
les plus simples n'ont qu'une ou deux portes, trois ou quatre séparations
internes . Les autres disposent d'une porte, quatre compartiments
en croix et quatre autres compartiments disposés en forme de galerie
avec une ouverture en haut pour y accéder.
On dit que ces compartiments
représentent les huit graines des ancêtres. C'est aussi le grenier
de la femme, celui où elle met tout ce qui lui appartient en propre.
Le toit, simplement posé sur le dôme, est formé de la paille d'une
herbe coupée en brousse. Les tiges maintenues à leurs parties basse
et médiane par une sorte de tresse qui s'entrecroise entre elles
sont réservées au sommet.
La forge
La forge est à proximité
de la place et de la case à palabres du village. C'est un espace
clos par un assemblage de grosses pierres plus ou moins jointes
dont le toit est formé de branchages entrecroisés qui font de l'ombre
tout en laissant passer lumière et fumée.
Le toit est bas et on ne peut pas se tenir debout à l'intérieur
de la forge.
Pour travailler le bois, le forgeron dispose surtout de l'herminette
et de la lime, outils de base sans cesse utilisés. On ne doit pas
pénétrer dans une forge en l'absence du forgeron qui reste un personnage
important malgré l'introduction de matériel de l'extérieur ; la
communauté dépend de lui pour les outils, les armes (lances et même
fusils), clochettes et rhombes, les bijoux, les statuettes, une
partie du matériel de cuisine, les portes, etc.
Vie
familiale
La maison
Toute construction est érigée dans un lieu impossible à cultiver.
Les Dogon vivent dans des villages fixes ; à la fin de leur migration,
plusieurs causes ont pu déterminer l'emplacement de ces villages,
comme par exemple l'existence d'un point d'eau permanent. Cette
raison, souvent déterminante semble beaucoup moins évidente de nos
jours lorsque nous considérons certains villages privés d'eau de
longs mois de l'année. La qualité défensive du site sera également
un facteur primordial. Les villages de la falaise, plus anciens,
ont tous été bâtis dans des endroits faciles à défendre, les Dogon
ayant utilisé au mieux les caractéristiques de la falaise.
Les activités et
les saisons
Les Dogon étant des cultivateurs, leur vie quotidienne est rythmée
par la succession des saisons et des travaux qui s'y rapportent.
L'année commence lors de la récolte du mil qui est le moment clé
de l'activité, car le mil forme la base de l'alimentation. Dans
une année de pluviométrie normale, la récolte se fait au milieu
du mois d'octobre.
L'année comporte treize lunes
de vingt-huit jours divisées en semaines de cinq jours. Pour certains
observateurs, les comptes sont approximatifs, mais pour d'autres,
les Dogon comptent les jours en faisant des nuds à une corde. Les
marchés ont lieu tous les cinq jours. La vie s'organise en deux
saisons et deux intersaisons:
- la saison sèche dure de janvier à mai (quatre lunes environ).
Pour les Dogon, c'est la période la plus difficile, surtout de la
fin du mois de février au début du mois de mai. L'eau se raréfie
de jour en jour ; c'est l'époque des grandes épidémies, celle où
la mortalité infantile est la plus élevée. En avril ou mai il peut
se produire quelques petites pluies (deux à trois jours), annonciatrices
d'une bonne saison des pluies, mais trop faibles pour être utiles
à l'agriculture.
- l'intersaison de mai est
très courte (une lune) et précède les pluies. La chaleur est étouffante,
le ciel plombé de nuages noirs qui refusent de crever. Les puits
sont presque à sec, les légumes frais disparaissent des marchés
où on ne trouve guère que du mil. C'est la saison bado.
- la saison des pluies s'étend
sur quatre à cinq lunes de juin à la mi-octobre. De nos jours, les
pluies commencent en juin et finissent vers la mi-septembre . C'est
l'époque des grandes cultures qui mobilisent tous les habitants
de la région.
- enfin, une intersaison
prend place de la fin de la récolte du mil au mois de janvier (environ
trois lunes). C'est le début de la saison sèche, mais l'eau est
encore abondante ; on finit les récoltes et on commence les plantations
maraîchères. Cette saison porte le nom de bago.
Vie
de dogon
La naissance
Les Dogon pensent que la conception se fait au moment des rapports
sexuels qui suivent immédiatement les règles, ce qui impute automatiquement
la paternité au mari de la femme, premier visité à la sortie de
la maison des règles. La durée présumée de la grossesse varie suivant
les besoins de justifier la paternité d'un enfant.
L'enfance
Avant la circoncision, l'enfant est pratiquement intégré à la société
des adultes. I1 travaille avec ses aînés et, en dehors des grands
rites dont il est écarté, il a sa part d'activité, égale à celle
des autres, en fonction de ses capacités physiques.
Les jeux de lutte, tant collectifs qu'individuels, suivent des règles
précises et chaque individu doit se purifier après un combat. On
assiste aussi à des jeux de corps, semblables aux nôtres : saute-mouton,
galipettes, etc. Comme d'autres peuples, les Dogon utilisent la
ficelle pour des jeux de construction ou des exercices de divination
; les mères notamment apprennent à leurs filles des devinettes symboliques
avec un anneau de ficelle d'une cinquantaine de centimètres.
La circoncision
C'est avec la circoncision et l'excision que l'individu se fixe
et quitte l'enfance, monde où rien n'est stable. L'enfant n'appartient
pas encore au groupe social et donc, rien de ce qu'il fait n'est
grave. Il ne peut pas recevoir une devise, ni célébrer un culte
et possède encore la double sexualité, masculine et féminine, cause
de son instabilité.
La circoncision est un sacrifice fait à la terre qui boira le sang
du circoncis tandis que la chute du prépuce ou du clitoris symbolise
l'abandon de l'âme jumelle que l'être doit quitter pour retrouver
l'âme qui correspond à son individualité.
On attend qu'il y ait 10
à 15 jeunes gens en âge de l'être, soit entre huit et douze ans.
Ce contingent forme un Tumo, une classe d'age, auquel ils
seront identifiés toute leur vie.
Le conseil des anciens fixe une date et les enfants sont prévenus
quelques semaines auparavant. Le circonciseur, généralement un vieil
homme, parfois un forgeron, n'appartient pas forcément au village.
Le lieu de la circoncision
est toujours le même pour un village donné, choisi en brousse, loin
du village et de ses dépendances. Les enfants sont circoncis les
uns après les autres en commençant par les plus âgés. Chaque enfant
est déshabillé et assis, jambes écartées, la verge posée sur un
morceau de bois. Le circonciseur tranche le prépuce vers l'arrière
de telle sorte que le morceau de chair enlevé reste enserré dans
le nud coulant.
Dans les villages où vivent
un médecin ou un infirmier, l'opération se fait désormais au dispensaire
ou à l'infirmerie mais les enfants s'isolent encore pour faire retraite.
Les nouveaux circoncis sont
abondamment nourris et on va jusqu'à les forcer à manger.
En règle générale, les jeunes circoncis dorment dans une maison
libre du village ou dans une grotte, sous la surveillance des aînés.
Tout dogon, même s'il ne
connaît pas son âge exact, connaît son tumo qui, en la matière,
est la seule référence intéressante. S'il lui incombe des travaux
agricoles, il pourra compter sur l'aide de son tumo et il lui sera
lié à jamais.
L'excision
En ce qui concerne l'excision, les informations recueillies sont
moins précises, peut-être parce que la plupart des informateurs,
comme moi-même, sont de sexe masculin. Il semblerait que l'opération
se pratique sans assistance médicale, fut-ce celle d'un infirmier.
Elle a lieu à la saison sèche et jamais, nous l'avons vu, en même
temps qu'une circoncision.
L'excision a généralement lieu dans la maison des jeunes filles,
la dune, ou parfois chez une matrone respectable. Les fillettes
y passeront environ trois semaines sans en sortir. Durant cette
période, comme les garçons, elles recevront une nourriture abondante.
La jeune fille s'allonge sur sa mère qui demeure assise ; elle garde
les jambes écartées et une matrone l'excise avec un couteau. Les
soins post-opératoires sont pratiqués par les vieilles du village.
Après l'excision, les jeunes filles sont considérées comme "bonnes
à marier". Elles vivent dans la maison des jeunes filles, parfois
chez leurs parents, avant d'être présentées à leur fiancé.
Les mariages
En règle générale, les Dogon pratiquent trois sortes de mariage:
- Le mariage à la naissance est naturellement un mariage arrangé
entre familles : deux pères, de ginna différentes veulent resserrer
les liens d'amitié qui les unissent et se promettent respectivement
un enfant, généralement un garçon en bas âge lors de la naissance
d'une petite fille. Dans le passé, l'enfant n'était parfois même
pas né.
Les familles travaillant alors généralement l'une pour l'autre,
ce type d'épouse est appelé Ya Birou (la femme-travail).
Cette alliance permet de travailler simultanément dans les champs
des deux familles à l'époque des travaux agricoles qui réclament
beaucoup de bras pendant un temps assez court.
Naturellement, vu l'âge des promis, le choix se fait surtout en
fonction des qualités des parents ; on préfère les enfants de père
courageux, calme et honnête et de mère, bonne épouse et ménagère.
Dès lors que les adolescents se savent promis l'un à l'autre, ils
ne doivent plus s'adresser la parole, mais au contraire s'éviter.
S'ils se rencontrent, ils ne doivent pas se saluer et tourner la
tête.
Quand la date du mariage
est fixée, les filles se réunissent à plusieurs reprises en dehors
du village pour parler et se raconter des fables ; ainsi est brisé
l'interdit du silence envers le fiancé. Le soir du jour fixé pour
les noces, le fiancé, accompagné de son tumo se présente devant
la maison où loge le groupe des jeunes filles dont fait partie sa
promise.
Si la jeune fille n'habite
pas dans le même village, la coutume de l'enlèvement demeure,
le plus souvent, symbolique, sauf lorsque la femme est déjà mariée,
ce qui arrive parfois...La plupart du temps, les grands frères du
fiancé sont chargés de l'enlèvement, répété trois fois. La troisième
fois, c'est le tumo qui prend la responsabilité d'enlever la jeune
fille.
Un second type de mariage
est le choix de la femme par l'homme. La femme Ya kédou ou
"grande femme" peut être choisie parmi les jeunes filles non mariées
ou enlevée à un mari.
l n'y a pas d'ordre de préséance entre ya kédou et ya birou; la
première femme considérée comme mariée sera la première à avoir
un enfant.
Celle-là sera dite "avoir bu l'eau de la famille du mari".
Dans le troisième cas, la
femme se choisit un amant (sile) ; mais la liaison doit être limitée
dans le temps : au bout de trois ans, le sile doit rompre et offrir
un cadeau à la mère de sa maîtresse. Si elle est enceinte la femme
doit choisir entre revenir chez son mari ou devenir ya kédou de
son amant.
On comprendra que les unions soient assez libres, que le mariage
ne joue pas un rôle restrictif et que l'origine des enfants puisse
souvent être contestée.
La polygamie
Les Dogon pratiquent la polygamie et considèrent que deux femmes
est un nombre idéal. Pourtant, dans certaines régions, le nombre
de femmes est seulement limité par la richesse de l'homme. La polygamie
n'est pas possible pour tous, car il n'y a pas assez de femmes.
Pour un homme, la pire des situations est de ne pas se marier car
c'est l'assurance d'une vieillesse pauvre et écartée des responsabilités
de la vie publique.
Economiquement, la polygamie se justifie : plusieurs femmes représentent
beaucoup d'enfants qui pourront cultiver la terre quand le père
sera vieux. La considération dont les vieux sont entourés est directement
liée au nombre de leurs enfants.
La mort
Par son importance, le rituel de la mort tient dans la vie religieuse
des Dogon une place centrale. Le Sigi est la célébration
du premier mort chez les hommes et les fibres des masques sont liées
à cette mort.
Pour les Dogon, la mort est
la séparation des éléments qui constituent la personnalité. Toute
personne possède des âmes, un corps, de la force vitale. A la mort,
seul reste le corps, les autres éléments le quittant et devenant
une force active qu'il est nécessaire de canaliser pour qu'elle
devienne le nani d'un descendant du défunt.
Le rite funèbre se déroule
en trois temps distincts qui permettent à l'âme de quitter le village
pour se rendre au paradis des ancêtres.
- L'enterrement se déroule aussitôt après le décès
- La cérémonie pour chasser l'âme de la maison n'interviennent six
mois à un an après. Mais, même après ce rite, l'âme demeure dans
les environs du village.
- Pour qu'elle parvienne au pays des Anciens, il faut célébrer le
Dama.
Au bout de trois à cinq ans
Activités quotidiennes
L' agriculture
la principale culture est celle du mil dont on distingue
cinq à six variétés ; par exemple le gros mil, ou sorgho, dont l'extrémité
de la tige ressemble à une grappe de graines en bouquet. Un pied
de sorgho peut atteindre deux à trois mètres et porte des graines
de couleur beige ayant deux à trois millimètres de diamètre.
Le petit mil (emmo da)a une tige semblable à celle du sorgho, mais
son épi affecte la forme de celle du nénuphar ; la graine est plus
petite. C'est le plus commun.
La seconde culture importante
dans l'économie du pays Dogon est le riz. Les champs sont choisis
inondables naturellement, dans le creux de rochers ou le long de
cours d'eau temporaires en plaine. Sur le plateau, il faut parfois
transporter la terre dans un lieu propice mais stérile ; on construit
alors, pour retenir l'eau, de petits murets en pierre qui, de nos
jours, sont de plus en plus souvent cimentés afin d'augmenter leur
étanchéité. Bien qu'il se récolte un mois avant le mil, le riz n'est
semé qu'un mois après lui.
Les autres cultures sont
surtout des cultures d'appoint. Les plantations ont en général lieu
en même temps que celle du mil et dans les même champs pour les
haricots, l'oseille et le raphia. Par contre l'arachide et les pois
de terre sont semés dans des champs à part. Quelques villages cultivent
l'igname et d'autres tubercules.
Le guano
Une pratique étonnante amène certains Dogon particulièrement courageux
à se hisser dans les recoins les plus perdus de la Falaise pour
aller récolter .. la fiente des pigeons qui nichent régulièrement
dans les anfractuosités.
Grimper dans la Falaise n'est pas sans risque.. Et ce d'autant plus
que les hommes se hisssent à l'aide de cordes et de perches qu'ils
lient à des piquets fixés dans la paroi.
A tout instant, ils risquent de se casser le cou... Pour quelques
francs s'ils vendent leur récolte ou pour fertiliser quelques mètres
carrés de champs....
La pêche
La pêche est une affaire de famille. Lorsqu'une mare se trouve dans
le domaine d'une ginna, on la vide de ses poissons à la saison sèche.
Souvent les voisins participent et le produit de la pêche est partagé,
la plus grande part revenant au propriétaire. On ne mange frais
qu'une faible partie du poisson ; le reste est mis à sécher et consommé
ultérieurement.
La chasse
La chasse reste l'apanage des hommes ; tout homme peut chasser s'il
a une arme. En pays Dogon, la plupart des fusils ont été fabriqués
localement et sont donc très peu sûrs. Dans les faits, ce sont surtout
les vieux qui chassent. Le gibier est rare et tout est bon à prendre
: hyènes, serpents, chauve-souris, grenouilles, etc.
L'animal le plus chassé est le singe car antilopes et gazelles se
sont raréfiés et paissent loin dans la plaine.
La chasse fournit un apport exceptionnel de viande ; on mange le
gibier en famille mais il arrive d'en donner aux voisins et amis.
L'élevage
Les animaux domestiques sont nombreux : poules et poulets vivent
dans la cour de la concession, escortés de canards s'il y a un point
d'eau permanent ; les moutons sont gardés eux aussi dans la cour
de la concession alors que les chèvres et les bovidés paissent en
brousse ; les ânes sont les seules bêtes de somme et les chevaux
sont devenus rares.
Poules et moutons peuplent toutes les cours de concessions africaines.
Chez les Dogon, ils forment la base des sacrifices aux différents
autels.
Les jeunes garçons ont la charge de garder les chèvres en brousse
et les ramènent chaque soir à la maison. C'est une race de petites
chèvres, très élégantes et très agiles, tachetées de jaune, brun
et noir. Elles servent aux sacrifices et sont vendues au marché.
Les bovidés sont gardés dans
la plaine. Il y a encore quelques années, les dogons laissaient
leurs bêtes en garde aux peuls ; mais de nombreux différends ont
surgi et, de plus en plus, les dogons gardent eux-mêmes leur bétail.
Seules les familles riches ont du gros bétail qui peut servir aux
sacrifices ou être vendu comme viande de boucherie.
Jadis, tout haut dignitaire
avait son cheval. De nos jours, les possesseurs de montures sont
de plus en plus rares et on ne voit guère de chevaux qu'au pied
de la falaise.
L'âne enfin est la bête de somme par excellence. Les dogons ne les
utilisent que pour porter des charges de bois ou de grain, mais
jamais comme monture personnelle, sauf accidentellement pour porter
un enfant fatigué ou rentrer des champs.
Les outils
Le paysan Dogon possède quatre outils agricoles de base :
la houe, la binette, la hache et la faucille.
La houe est l'outil principal et ancestral du paysan africain. Ce
type de houe est adapté au terrain à cultiver, où la couche fertile
est très mince et généralement sablonneuse.
Les Dogon commencent à utiliser
la houe moderne, conçue à partir de l'ancienne, mais utilisant un
manche droit et un fer plus large. Son angle d'attaque doit être
très faible, car elle ne fait que gratter le sol du fait de la minceur
de la couche arable.
L'herminette utilisée par
le paysan est assez grossière et souvent non affûtée. Son manche
est droit et elle sert à couper les pieds de mil lors de la récolte.
Tout paysan porte en permanence sa hache accrochée à l'épaule. Le
manche est très caractéristique, et son exécution nécessite le bois
d'un arbre dont la forme est appropriée.
La faucille ressemble à la
faucille en usage en Europe.
On trouve surtout en pays Dogon des outils de fabrication locale
; les outils importés sont rares, non du fait d'un refus, mais plutôt
parce que les dogon ont peu d'argent liquide ; l'achat d'un outil
au marché grèverait trop leur budget.
Tous les outils sont fabriqués par le forgeron, le paysan fournissant
le manche.
Le
commerce
Le marché
Dans les villages le marché a lieu tous les cinq jours. c'est-à-dire
en fait toutes les semaines puisque la semaine Dogon comporte cinq
jours. Pour les femmes, le marché est le seul débouché des produits
qu'elles créent et dont la vente constitue leur unique revenu.
Chacun a sa place : les bouchers
côtoient les marchandes de bière de mil, elles-mêmes suivies des
marchands ambulants et des vendeurs de tabac.
Les femmes viennent ensuite avec les produits agricoles. Les marchands
ambulants venant de l'extérieur ont généralement un étal moins rudimentaire
que les autres.
Le marché commence tard dans
la matinée alors que le climat commanderait de profiter de la clémence
du matin. Les femmes Peul viennent de la plaine avec le lait et
le beurre.
Mais ce sont les marchands qui déterminent l'heure et ils viennent
de loin.
La dernière partie du marché
est constituée par les marchands ambulants, qui sont toujours des
hommes. Ces marchands apportent tout ce que le pays ne produit pas
ou en faible quantité seulement : sel, poisson séché, riz, engrais,
manioc, vêtements, outils, vaisselle en métal, tissus, etc. Au fur
et à mesure que les besoins augmentent en pays Dogon, le choix se
diversifie, mais le pouvoir d'achat restant faible, les produits
présentés sont surtout utilitaires.
Entre 13 h et 14 h, le marché
bat son plein. Vers 16 h les femmes commencent à retourner vers
leurs villages où elles parviendront à la nuit. Avec le crépuscule,
la paix revient sur la place du marché et chacun compte son gain
ou vante son achat.
Le lendemain un autre marché se tiendra dans un autre village
Artisanat
Le filage
Le filage de la laine et du coton est dévolu aux femmes,. Elles
filent le coton avec une quenouille et une toupie chargée d'une
boule de terre séchée sur une peau de bête saupoudrée de cendre
fine. Cette cendre, passée sur le doigt permet de mieux rouler le
coton, fibre que les Dogon travaillent principalement, la laine
restant l'apanage des Peul.
Le tissage
Les tisserands sont toujours des hommes mais ne sont attachés à
aucune caste ; il peut malgré tout arriver que les cordonniers soient
tisserands. Comme il a besoin d'espace, le tisserand exerce son
art sur la place publique. Il est de la même manière que le forgeron,
l'image des symboles de la création car le mouvement de la navette
figure la seconde parole du Nommo. Le métier à tisser est très rudimentaire
: Le métier employé permet de confectionner des bandes de cotonnade
de 15 à 20 cm de large.
La navette, faite d'une augette de bois aux extrémités en pointe
est lancée à la main entre deux groupes de fils alternés Le battant,
dont les pièces de bois sont soigneusement taillées, contient le
peigne aux dents faites d'éclats de roseaux. Il a pour but de serrer
les fils de la trame les uns contre les autres.
Les bandes de coton ainsi fabriquées sont le plus souvent de teinte
naturelle mais il arrive que le tisserand travaille des fils de
couleurs et crée un motif à rayures où seuls les fils de trame sont
colorés, le fil de chaîne restant blanc.
La poterie
La poterie est exécutée par les femmes ; toutes peuvent en faire
mais certaines se sont spécialisées et quelques villages sont connues
comme étant ceux de potières.
L'argile est mélangée à des morceaux de poterie déjà cuite et finement
pilés. La potière modèle un tronc de cône renversé qu'elle bat avec
un galet rond afin d'y ménager une cavité.
Le "canari", sphérique avec une ouverture ronde plus ou moins
grande à son sommet, peut varier de la grande jarre à eau que l'on
ne transporte pas à la petite cupule.
Après avoir été séchées à l'ombre, les poteries sont entourées de
bois, de bouse de vache, de paille et de branchages et mises à cuire
dans un trou recouvert de pierres et de terre pendant toute une
nuit. La poterie cuite prend une couleur rouge-brun avec des auréoles
noires aux endroits trop cuits.
Les pots Dogon gardent l'eau très fraîche mais leur rusticité les
rend très lourds à porter.
Vous pourriez aussi vous rendre sur le site
http://www.dogon-lobi.ch/dogonalbum.htm
où vous pourriez consulter plus de 600 photos sur tous les aspects
de la vie chez les dogon.
Proverbes
Dogon tirés du livre d'EMMANUEL POUDOUGIO
« Pour entendre le tamtam, il faut donner
un coup de bâton ».
Quand tu veux connaitre quelqu’un, il faut lui poser des questions.
« Tu peux laisser ta main un mois dans l’eau,
elle est mouillée, mais elle n’est pas propre ».
C’est en échangeant les idées que l’on peut apprendre
certaines choses.
« Il ne faut pas avoir la tête dans
ses chaussures ».
On emploie cette expression pour des étrangers, et surtout
les touristes qui viennent en visite.
« le repos ne dérange pas le travail
».
Le fait de travailler sans se reposer peut apporter de la fatigue
et après , de la maladie qui empêche de travailler.
« Il faut bouger quand le soleil commence
à somnoler ».
En plein soleil, la chaleur ne permet pas de marcher, il vaut mieux
attendre le coucher de soleil et qu’il fasse frais pour continuer
sa route.
« La parole, c’est comme un chemin qui continue
».
On peut parler indéfiniment, comme le chemin, si on ne décide
pas de s’arrêter.
« Alourdir la tartine ».
Cela veut dire améliorer ta façon de travailler et
créer un système plus rentable pour ton travail.
« Il me suit comme une mouche derrière
la viande crue ».
« Quel que soit le gout du repas, n’avale
pas ta langue ».
Ne change pas ton intérêt futur contre ton intérêt
immédiat à cause d’une chose sans valeur.
« Il te font courir devant tes jambes ».
On te pousse à dépasser tes limites mais pas forcément
dans ton intérêt propre.
« S’étaler comme une gouttière
»
On s’endort immédiatement et n’importe où, l’lorsque
on est épuisé.
« Tout le monde a son ventre devant lui ».
Chacun travaille pour soi, chacun est responsable de lui même.
« Pour être le berger de plusieurs
personnes ».
Savoir vivre avec quelqu’un, c’est accepter ses défauts,
ses qualités et ses idées qui ne sont pas forcément
les tiennes.
« A chacun son ethnie ».
Il ne faut pas se mêler des histoires qui ne sont pas les
siennes.
« Il ne faut pas donner le temps au soleil
parc qu’il n’est pas tolérant ».
On ne peut pas se comparer à la nature.
« Le mouton a toujours la tête baissée
parce qu’il a honte de voir l’anus de la chèvre ».
Les DOGONS disent que ce n’est pas parce que l’on est calme que
l’on n’est pas intelligent.
« On ne peut pas réveiller quelqu’un
qui ne dort pas ».
On ne peut pas faire comprendre à quelqu’un qui ne veut pas
comprendre.
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